Imaginez un homme qui incarne à la fois la rigueur philosophique de l’École Normale Supérieure et la liberté créative d’un conteur universel. C’est exactement ce qu’est devenu Éric-Emmanuel Schmitt, l’écrivain franco-belge dont les œuvres traversent les frontières depuis plus de trois décennies. En 2025, alors que paraît le cinquième tome de sa saga monumentale La Traversée des temps, intitulé Les Deux Royaumes, cet académicien Goncourt confirme son statut d’auteur le plus lu dans nos librairies belges. Traduit en 46 langues, joué dans plus de 50 pays, il incarne cette littérature accessible qui n’a jamais peur de poser les grandes questions philosophiques avec une élégance toute particulière.

Un visage marqué par l’intelligence et la spiritualité
Sur les photos récentes, le regard pétillant trahit immédiatement l’homme de théâtre. Cheveux grisonnants soigneusement coiffés, sourire bienveillant, traits marqués par la soixantaine épanouie : l’auteur dégage cette présence chaleureuse qu’on retrouve dans ses écrits. Né le 28 mars 1960 à Sainte-Foy-lès-Lyon, ce Lyonnais d’origine a trouvé en Belgique sa terre d’élection. Derrière les lunettes discrètes se cache un esprit brillant, celui d’un normalien agrégé de philosophie qui a soutenu sa thèse sur Diderot à la Sorbonne en 1987. Mais c’est surtout l’expression de ses yeux qui fascine : on y lit cette curiosité insatiable pour l’humain qui irrigue toute son œuvre.
Du Sahara à Bruxelles : une vie façonnée par la révélation
Le parcours du philosophe devenu dramaturge puis romancier tient presque du roman initiatique. Après ses études à l’École Normale Supérieure entre 1980 et 1985, il enseigne d’abord au lycée de Cherbourg puis à l’Université de Chambéry. C’est pendant cette période universitaire, en février 1989, qu’un événement bouleverse totalement sa trajectoire. Perdu dans le désert de l’Ahaggar lors d’une expédition en Algérie, il vit une expérience mystique qu’il qualifiera de divine. Dans la nuit saharienne, séparé de ses compagnons, les mots « Tout est justifié » emplissent son esprit. L’athée convaincu devient alors ce qu’il définit comme un « agnostique qui croit ». Cette nuit de feu – qu’il racontera en 2015 dans un récit bouleversant du même nom – libère en lui une créativité jusque-là bridée par l’académisme.
Dès 1991, sa première pièce La Nuit de Valognes remporte un succès considérable en France, avant d’être montée par la Royal Shakespeare Company en Angleterre. Mais c’est Le Visiteur qui, en 1994, le propulse définitivement sous les projecteurs avec trois Molières d’un coup : Meilleur Auteur, Révélation Théâtrale, et Meilleur Spectacle. Fort de cette consécration, il abandonne son poste universitaire pour se consacrer exclusivement à l’écriture.
En 2002, l’auteur pose ses valises à Bruxelles. Ce n’est pas un hasard : la capitale belge lui offre cette distance salutaire avec le milieu parisien, cette atmosphère où l’optimisme n’est pas suspect. « Bruxelles cultive l’optimisme, contrairement à Paris », confie-t-il régulièrement. En 2008, il obtient la nationalité belge, scellant définitivement son amour pour notre plat pays. La consécration symbolique arrive en juin 2012 : l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique lui offre le prestigieux fauteuil numéro 33, celui qu’ont occupé avant lui Anna de Noailles, Colette et Jean Cocteau. Quatre ans plus tard, en janvier 2016, ses pairs l’élisent à l’unanimité comme membre de l’Académie Goncourt. Depuis sa demeure bruxelloise remplie de livres, il continue d’écrire avec une discipline monacale, loin de l’agitation médiatique.
Une bibliographie foisonnante qui traverse tous les genres
L’œuvre du romancier impressionne autant par sa diversité que par sa cohérence thématique. Au théâtre comme au roman, il explore inlassablement les mystères de la condition humaine, de la foi, de l’identité et de l’amour.
Le théâtre : un succès qui ne se dément pas
Au théâtre, son répertoire compte une vingtaine de pièces régulièrement jouées dans le monde entier. Après La Nuit de Valognes (1991) et Le Visiteur (1993), il enchaîne avec Golden Joe (1995), Variations énigmatiques (1996), Le Libertin (1997), Milarepa (1997), Frédérick ou le boulevard du Crime (1998), Hôtel des deux mondes (1999), Petits crimes conjugaux (2003), Mes évangiles (2004), La Tectonique des sentiments (2008), et plus récemment The Guitrys (2013) ou encore Madame Pylinska et le secret de Chopin (2018). Ses pièces ont l’art de mêler profondeur philosophique et accessibilité, faisant de lui l’un des dramaturges contemporains les plus joués. En Belgique, ses spectacles affichent régulièrement complet, que ce soit à Bruxelles, Liège ou Anvers.
Le cycle de l’invisible : dix millions d’exemplaires vendus
Au rayon roman, certaines œuvres ont marqué plusieurs générations de lecteurs. Le Cycle de l’invisible, composé de cinq courts récits publiés entre 2002 et 2004, s’est vendu à plus de dix millions d’exemplaires dans le monde. Ce cycle comprend Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (adapté au cinéma avec Omar Sharif), Oscar et la dame rose (qui figure parmi les livres ayant changé la vie des Français, aux côtés de La Bible et du Petit Prince), L’Enfant de Noé, Milarepa, et Les Dix Enfants que madame Ming n’a jamais eus. Ces textes lumineux, souvent étudiés dans les écoles belges, abordent avec une rare sensibilité des thématiques universelles à travers le prisme de différentes religions.
Les grands romans philosophiques
Ses romans plus ambitieux explorent avec audace des territoires vertigineux. La Secte des égoïstes (1994) inaugure brillamment sa carrière romanesque. L’Évangile selon Pilate (2000), qui lui vaut le Grand Prix des lectrices de Elle, revisite avec finesse les derniers jours du Christ. La Part de l’autre (2001) imagine ce qu’aurait pu devenir Adolf Hitler s’il avait été admis aux Beaux-Arts de Vienne. Lorsque j’étais une œuvre d’art (2002) propose une variation moderne sur le mythe de Faust. Plus tard viendront La Femme au miroir (2011), trois destins de femmes entrelacés à travers le XXe siècle, La Nuit de feu (2015) où il raconte enfin son expérience mystique du Sahara, ou encore Félix et la source invisible (2019).

La Traversée des temps : un projet titanesque
Depuis 2021, l’écrivain s’est lancé dans son projet le plus ambitieux : La Traversée des temps, une saga en huit volumes racontant l’histoire de l’humanité à travers les yeux de Noam, un homme immortel. Après Paradis perdus (2021) qui nous plonge dans la préhistoire, La porte du ciel (2022) explore Babylone et l’Orient ancien, Soleil sombre (2023) nous emmène en Égypte antique, et La lumière du bonheur (2024) célèbre la Grèce classique. Le cinquième tome, Les Deux Royaumes, paru en octobre 2025, nous transporte en Gaule puis à Rome aux temps de Jésus. D’une érudition époustouflante mais toujours accessible, cette fresque romanesque mêle avec brio connaissances historiques, scientifiques et philosophiques. Les lecteurs belges se l’arrachent dans nos librairies, fascinés par cette manière unique de raconter l’Histoire par des histoires.
Nouvelles, essais et explorations musicales
Sa production comprend également plusieurs recueils de nouvelles remarquables : Odette Toulemonde et autres histoires (2005), La Rêveuse d’Ostende (2007), Concerto à la mémoire d’un ange (2010, Prix Goncourt de la nouvelle), Les Perroquets de la place d’Arezzo (2013), ou L’Élixir d’amour (2014). Amateur passionné de musique classique, il a également signé des essais magnifiques comme Ma vie avec Mozart (2005), Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent (2010), et Le Mystère Bizet (2020). Il a même traduit en français Les Noces de Figaro et Don Giovanni de Mozart.
Côté cinéma, il a réalisé deux films : Odette Toulemonde (2007) avec Catherine Frot et Oscar et la dame rose (2009). Sans oublier ses incursions dans la bande dessinée avec la série Les aventures de Poussin 1er (avec Janry, 2013-2015).
Où trouver ses livres en Belgique : un réseau dense
La Belgique francophone dispose d’un excellent réseau pour se procurer l’ensemble de son œuvre. Les grandes librairies indépendantes comme Filigranes à Bruxelles, Molière à Charleroi, Livre aux Trésors à Liège ou Libris Agora à Namur proposent systématiquement ses titres en rayon, tant en grand format qu’en poche chez Le Livre de Poche. Les libraires belges adorent recommander ses œuvres, particulièrement les récits spirituels du Cycle de l’invisible et la saga La Traversée des temps.
Pour les formats poche, les éditions Le Livre de Poche rééditent régulièrement ses classiques à des prix très accessibles (entre 6€ et 9€). Les éditions Albin Michel, son éditeur principal, assurent une distribution impeccable des nouveautés dès leur sortie. En version audio, Audiolib propose de nombreux titres lus par des comédiens talentueux, parfait pour les trajets ou la détente. Les chaînes comme Club et Fnac, présentes dans la plupart de nos villes, maintiennent également un stock fourni.
Pour les amateurs de livres d’occasion, la plateforme Librel.be permet de commander en ligne tout en soutenant les librairies indépendantes wallonnes et bruxelloises. Plusieurs librairies spécialisées proposent aussi des éditions originales ou des exemplaires dédicacés lors des salons du livre où l’auteur passe régulièrement.
Un auteur adoré par les lecteurs belges
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’écrivain figure systématiquement parmi les meilleures ventes en Belgique francophone. En 2023, Le Défi de Jérusalem apparaissait à la 18e place des meilleures ventes dans les librairies indépendantes membres du réseau Librel, confirmant son statut d’auteur incontournable. L’année suivante, La lumière du bonheur, quatrième tome de La Traversée des temps, s’imposait dans le top 20 des ventes littéraires belges en 2024. Le marché du livre en Belgique, qui représentait 268,2 millions d’euros en 2024 (en hausse de 1,3%), voit la littérature générale dominer avec environ 30% des ventes, un segment où le philosophe-romancier excelle.
Les librairies indépendantes de Wallonie et Bruxelles, qui ont enregistré une croissance de 2,76% en 2024 avec un chiffre d’affaires dépassant 33 millions d’euros, témoignent de l’engouement constant pour son œuvre. Ses livres figurent parmi ceux qui « durent » : en 2024, 35% des livres vendus dataient de plus de deux ans, et ses classiques continuent de se vendre régulièrement, preuve de leur caractère intemporel.
Ce qu’en disent les lecteurs belges : un amour sincère
Dans les librairies bruxelloises et wallonnes, les libraires s’enthousiasmant volontiers : « Il a ce don rare de traiter de sujets profonds avec une légèreté qui rend tout accessible », confie une libraire de Liège. « Ses pièces affichent toujours complet quand elles passent à Bruxelles, et ses livres se vendent toute l’année, pas seulement à la sortie. »
Sur les réseaux sociaux et les plateformes de lecture comme Babelio ou Booknode, les lecteurs belges expriment leur admiration. « Il nous fait voyager dans le temps et dans l’âme humaine », écrit une lectrice de Namur. « Depuis Oscar et la dame rose lu au collège, je ne rate aucune sortie », témoigne un enseignant bruxellois. Les étudiants belges apprécient particulièrement son approche philosophique accessible, qui leur permet d’aborder Socrate, Diderot ou les grandes questions spirituelles sans ennui.
Les critiques belges, quant à elles, saluent régulièrement son érudition qui « coule de source » (Le Soir), sa capacité à créer des personnages inoubliables, et cette dimension universelle qui transcende les particularismes culturels. Le Carnet et les Instants, revue littéraire belge de référence, a consacré plusieurs articles élogieux à sa production, soulignant notamment l’ampleur du défi relevé avec La Traversée des temps.

Un auteur qui compte pour la Belgique culturelle
Au-delà des chiffres de vente, c’est son lien authentique avec la Belgique qui touche. Installé à Bruxelles depuis plus de vingt ans, Belge depuis 2008, académicien royal depuis 2012, il incarne cette francophonie décloisonnée où le talent circule librement entre Paris, Bruxelles, Genève ou Montréal. Ses interventions dans les écoles belges, ses lectures publiques, ses dédicaces chaleureuses dans nos salons du livre créent une proximité rare entre un auteur de cette envergure et son public.
Le théâtre Rive Gauche à Paris, qu’il dirige depuis 2012, programme régulièrement des créations belges. Sa présence à l’Académie royale lui permet de défendre la littérature de langue française sous toutes ses formes. Et quand il évoque la Belgique dans ses interviews, c’est toujours avec cette tendresse qu’on réserve à un pays choisi plutôt qu’imposé par la naissance.
Une œuvre pour notre temps
En 2025, alors que nos sociétés traversent des turbulences identitaires, politiques et spirituelles, son œuvre résonne avec une acuité particulière. Les Deux Royaumes, son dernier tome paru en octobre, oppose subtilement l’empire romain hégémonique et le message égalitaire de Jésus, invitant à réfléchir sur les conceptions du pouvoir qui s’affrontent encore aujourd’hui. Ses pièces continuent d’interroger l’amour, la mort, la foi, le doute – ces questions éternelles qui nous définissent.
Pour découvrir cet univers foisonnant, plusieurs portes d’entrée s’offrent aux néophytes belges. Les amateurs de théâtre commenceront par Le Visiteur ou Variations énigmatiques, disponibles en édition de poche. Ceux qui préfèrent les romans courts et émouvants se tourneront vers Oscar et la dame rose ou Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, deux petits chefs-d’œuvre qu’on lit en une soirée mais qu’on n’oublie jamais. Les lecteurs épris de grandes fresques historiques plongeront dans La Traversée des temps, en commençant par Paradis perdus. Et les curieux de spiritualité dévoreront La Nuit de feu, ce récit autobiographique où l’auteur dévoile enfin son intimité la plus profonde.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : en ouvrant un livre de cet écrivain hors norme, on ne ressort jamais indemne. Ses histoires nous transforment, ses questions nous habitent longtemps après avoir refermé la dernière page. Et c’est sans doute pour cela que la Belgique l’a adopté si chaleureusement : parce qu’il nous parle de ce qui compte vraiment, avec cette générosité et cette humanité qui font les grandes œuvres littéraires.

